Je ne devais rien publier cette semaine et finalement je n’arrive pas à rester éloigné de mon clavier. De plus, je sais que mon billet risque de susciter des réactions car je vais traiter d’un sujet sensible.

J’aime lire, découvrir ou écouter ce que d’autres ont à dire sur divers sujets, et surtout ceux qui font l’actualité. Qui n’est pas dans ce cas ? Adolescent déjà, je me demandais bien ce qui se passait en Iran puisque les médias parlaient de la révolution des Mollahs, ce que signifiaient « chiite« et « sunnite« , mais rien n’était expliqué.Internet n’en était qu’à ses débuts et j’étais trop jeune pour m’en soucier. C’était loin, j’avais d’autres découvertes à faire et d’autres centres d’intérêt à l’époque. Même en septembre 2001, je n’appréhendais pas l’idéologie pouvant motiver de tels actes.

En grandissant, j’ai cherché à comprendre tout cela : j’ai donc lu. Je me dois de préciser pour ce billet que j’étais d’une religion dite « du Livre », ou religion abrahamique. J’ai donc été éveillé assez tôt à ces sujets et personnages, ce qui a facilité l’intégration de toutes ces informations. Je vais tenter de vous expliquer la complexité du problème que nous rencontrons aujourd’hui.

Il y a déjà un point sur lequel je voudrais insister, chères lectrices et chers lecteurs : j’espère qu’après ce billet, vous ne direz plus « musulman » sans comprendre que c’est un terme générique comme « chrétien« . Or, vous savez que le Christianisme se divise en trois principales branches qui sont le catholicisme, le christianisme orthodoxe et le protestantisme (chaque branche se divisant à son tour). Sachez donc qu’il en est de même pour l’Islam qui se divise en deux grandes branches : le sunnisme et le chiisme. Il faut savoir que ces deux courants sont ennemis et se livrent une guerre qui risque d’être éternelle.

Je vous invite à découvrir, si cela vous intéresse, le chiisme et les raisons de cette discorde ici. Le sujet est bien trop vaste pour tout aborder ici.

Le sunnisme est le courant majoritaire de l’Islam : environ 90% des musulmans sont ainsi sunnites. Le sunnisme se divise à son tour en quatre branches principales qui sont : le hanafisme, le malikisme, le chafiisme et le hanbalisme.

1024px-ArboIslam.svg

Source Wikipédia

En plus du Coran, les sunnites se réfèrent à la Sunna – qui signifie « le cheminement » ou « pratique(s) » – qui est la tradition prophétique, le chemin tracé par le prophète des musulmans. Elle se compose principalement :

  • des hadîths : paroles et actions attribuées au prophète, il en existe plus de 700.000, dont 100.000 considérés comme « authentiques »
  • la sîra : sa biographie, la plus ancienne a été écrite par Ibn Ishaq.

Cette base permet aux croyants d’avoir des sources théologiques supplémentaires, voire pour certains courants des sources juridiques. Il existe également la Charia mais elle n’est mentionnée qu’une fois dans la Coran et a été codifiée bien après la mort du prophète sous le califat abbasside.Concernant la sunna et les chiites, voir ici.

Dans la suite de cette chronique, je n’évoquerai plus les chiites. Cela n’est pas par désintérêt mais tout simplement car je pense que l’article perdrait en clarté : je préfère donc vous mettre les liens nécessaires. De plus, le problème que rencontre l’Islam actuellement est un problème issu d’une branche sunnite et non chiite.

Maintenant que ces distinctions sont faites, je voudrais pousser plus loin. Dans mon précédent billet, je vous parlais de jeunes nihilistes – au sens actif – qui étaient prêts à faire leur la première idéologie au service de leurs pulsions de mort. Mais quelle est cette idéologie ? Est-ce le Sunnisme ? Je vais modestement tenter de vous l’expliquer. Je le ferai sans concessions, sans angélisme et je peux vous dire tout de suite – je ne suis d’ailleurs pas le seul à le penser – que le salafisme n’est pas l’islam, n’est pas respectueux du Coran et ne représente pas les musulmans. Permettez moi de vous expliquer pourquoi.

Je vous parlais de quatre branches du sunnisme. En fait, je peux vous affirmer qu’il y a deux grands groupes :

  • L’Islam de Médine : les branches malikite et chaféite ainsi que le Chiisme.
  • L’Islam de Damas et Bagdad : les branches hanafiste et hanbalite. Le Hanbalisme est l’école la plus conservatrice de l’Islam sunnite. Dans cette forme très traditionaliste, la sunna tient une place prépondérante. Il est arrivé plusieurs fois dans l’Histoire que les troupes de l’islam de Damas, sous les ordres d’un calife, se lancent dans des exactions contre les gens de Médine, pourtant ville du prophète. Les mêmes exactions ont d’ailleurs été répétées par les wahhabites (Arabie Saoudite) depuis la naissance de leur mouvement (voir l’article de Michel Leter à ce sujet).

umayyad_mosque2c_damascus

Grande mosquée Omeyyades – Damas

Qu’est-ce donc que cette mouvance qui ne fait pas partie des grandes branches de l’islam ? Je vais vous apporter des éléments sourcés – il en existe d’autres, mais encore une fois je ne voulais pas tout mettre pour ne pas alourdir le texte et j’ai donc pris les plus marquants – démontrant que la base idéologique salafiste n’est pas religieuse mais une falsification commises par certains compagnons du prophète, califes etc … qui se sont servis de cette religion pour assoir leur pouvoir :  un pouvoir divin, illimité et  fondé sur la violence.

Tout d’abord, revenons au salafisme.Le salafisme est l’enfant terrible, l’abomination de l’Hanbalisme. Le terme provient de « salaf », signifiant les « prédécesseurs » – en référence aux premiers compagnons du Prophète. Les salafistes prônent un retour à l’islam des origines fondé sur le Coran et la Sunna (hadîths et sîra). Et pour ce faire, il prône une lecture littérale du Coran où toute tentative d’interprétation s’avère totalement interdite. De plus, ils  mènent leur vie comme le Prophète la « menait » au VIIème siècle. Le principal théoricien du salafisme est Ibn Taymiyya, qui tentait d’organiser au XIIIème et XIVème le djihad contre l’envahisseur Mongol et a publié plusieurs livres. Il est considéré par les sunnites comme un  cheikh Al-Islam au même titre que Ahmad Ibn Hanbal, Mâlik ibn Anas, Al-Nawawi, Ash-Shâfi’î : des fondateurs de branche. Vous pouvez donc apprécier l’importance du personnage.

Dans un de ses livres, As-Sârim ul-Maslûl ‘alâ shâtim ir-rasûl (« à propos de la punition de celui qui insulte le prophète de l’islam »), Ibn Taymiyya rapporte une situation où un calife abbasside demande si un témoin connait un hadîth permettant de punir de mort une personne ayant insulté le prophète. Le calife étant l’émir des croyants il aurait pu de fait lui appliquer la même peine mais il avait besoin d’un exemple prophétique pour ce faire. Le soucis est que Ibn Taymiyya rapporte que le témoin fut payé 1.000 dinars or de l’époque (soit une fortune) et que le calife mit directement dans la bouche du témoin la réponse attendue. Cela l’arrangeait sûrement pour se débarrasser d’un opposant politique … Mais attendez la suite … ( pour le lien vidéo, cette information est disponible et expliquée en détails à partir de la 28 ème minute, toutes les sources sont disponibles dans le descriptif de celle-ci).

Abī as-Sarh est une des personnes qui a écrit le Coran sous la dictée du Prophète. Il est reconnu par Ibn Taymiyya, encore une fois, que celui-ci n’écrivait pas tout ce qui était dicté par le Prophète. Voici le récit (et ses sources) :

L’homme tomba alors dans l’épreuve (« fa’ftutina« ) (Al-Maghâzî li-l-Wâqidî). Il apostasia, alla s’installer chez les Mecquois idolâtres et leur dit : « Par Dieu, c’est moi qui le tourne comme je veux » (Al-Bidâya wa-n-Nihâya). « Muhammad ne sait pas ce qu’il dit. C’est moi qui écrivais ce que je voulais » (Al-Maghâzî li-l-Wâqidî). « Si je le voulais, moi aussi je pourrais dire des choses comme Muhammad en dit et apporter des choses comme Muhammad en apporte. Parce qu’il me disait quelque chose, je le tournai vers autre chose, et il me disait : « C’est correct » » (Tafsîr ut-Tabarî).
(Ces références sont extraites des notes des deux savants ayant procédé à la takhrîj des relations présentes dans As-Sârim.)

L’apostat est, comme chez les chrétiens et les juifs, condamné à mort. Pourtant Abī as-Sarh connut un destin particulier : étant le demi-frère (frère de lait) de Othmân Ibn Affân– qui sera le troisième calife « bien guidé » – il fut gracié malgré son apostasie et ses vols, meurtres et divers pillages. Lors du règne de son demi-frère, il sera même nommé gouverneur d’Egypte. Vous pensez bien que son destin est « exceptionnel » pour quelqu’un présentant un tel curriculum vitae …

Autre élément sur le Coran : dans le Sahih Muslim, des propos rapportés de Omar Ibn al-Khattâb (compagnon du prophète et qui finira par être second calife « bien guidé ») indique que la lapidation – qui n’est pas présente dans le Coran – faisait partie des révélations apportées par Dieu. Voici comment est entrée la lapidation en islam, par la porte des hadîths.

La dernière base théologique que je voudrais aborder est la sîra, la biographie du prophète. Celle-ci a été initialement écrite par Ibn Ishaq. Je rappelle que le salafisme a pour objectif l’imitation des actes de la vie du prophète, même dans ses activités quotidiennes : tenue vestimentaire, alimentation etc … Il faut savoir que le travail d’Ibn Ishaq est très mal perçu par des piliers du sunnisme comme Mâlik Ibn Anas. Celui-ci a qualifié Ibn Ishaq de Dajjal (imposteur) important des éléments judaïques:

Imam Malik on Ibn Ishaq:
Imam Malik was not the only contemporary of Ibn Ishaq’s to have problems with him. Despite writing the earliest biography of Prophet Muhammad, Scholars such as al-Nisa’I and Yahya b. Kattan did not view Ibn Ishaq as a reliable or authoritative source of Hadith. (Jones, J.M.B. Ibn Ishak. Vol. IV, in Encyclopaedia of Islam, edited by Ch. Pellat, and J. SchachtV.L.M.B. Lewis. London: Luzac & Co., 1971: pages 810-811)Malik bin Anas Bin Malik bin Abu Amir Al-Asbahi (715-801 C.E.) or Imam Malik– lived cloest in the time to the life of Prophet Muhammad of all the collectors of the hadith (Bukhari, Muslim, Abu Dawud, etc). He was born more than 80 years after the death of the Prophet. Imam Malik was a complier of a respected hadith collection, called Muwatta. Imam Malik was a hadith scholar. Imam Malik called Ibn Ishaq a liar and an imposter for writing false stories about Prophet Muhammad. Imam Malik has said that Ibn Ishaq « reports traditions on the authority of the Jews ».(Kadhdhab and Dajjal min al-dajajila. Uyun al-athar, I, 16-7)

Ahmad Ibn Hanbal le traite de menteur dans d’autres textes.

Ibn Hajar al-Asqalani, autre pilier de l’islam sunnite, dans Al-Fath’ul Bâri  est considéré comme le commentaire le plus important et le plus fiable sur le Jami ‘al-Sahih d’al-Bukhari : un des deux grand recueil de hadîths avec le Sahih Muslim.

Ce livre de Al-Asqalani contient une classification des personnages du Bukhari, les classant de 1 à 5 : ceux de la première catégorie était rarement désignés comme des menteurs et ceux de la cinquième étant des sources non fiables, des mythomanes avérés. Pour Ibn Hajar al-Asqalani, Ibn Ishaq est classé en catégorie 4, confirmant les commentaires à son sujet de Ibn Hanbal et de Mâlik Ibn Anas.

La sîra est donc un récit certainement en tout ou partie farfelu, mais est pourtant utilisé aujourd’hui par des cheikh salafistes, comme Al Albani (auteur contemporain salafiste), comme étant une base certaine et fiable.

Enfin, avant de conclure, je voudrais également vous démontrer que les compagnons du Prophète et ceux qui leur ont succédé à la tête du califat ne sont pas respectueux de l’héritage de leur guide : (source wikipedia)

Sur le chemin de retour de son pèlerinage d’adieu, Mohammad fit une halte à mi-chemin entre La Mecque et Médine au lieu-dit Ghadir Khumm. Là, au cours d’un sermon, il annonça sa fin prochaine. Dans le hadith, dit Hadith de Ghadir Khumm, rapporté par Muslim, il aurait dit qu’il laissait derrière lui deux choses importantes : La première c’est le Livre de Dieu (Le Coran) et les gens de la maison (Ahlul bayt) :

Un jour, l’Envoyé d’Allah se leva parmi nous pour prononcer un sermon près d’un point d’eau nommé Khumm, entre La Mecque et Médine. Il loua Allah, fit Son éloge, exhorta les fidèles et leur rappela leurs devoirs, puis il dit: ‘Ô hommes, je ne suis qu’un être humain en passe de répondre à l’appel de l’envoyé de mon seigneur. Cependant je laisse parmi vous ces deux arguments de poids : le premier est le Livre d’Allah qui contient la guidance et la lumière ; prenez le et tenez y vous ferme’ Il nous incita à nous cramponner au Livre d’Allah et nous inspira l’amour du livre. Puis il continua: ‘et les gens de ma Maison : je vous rappelle à l’obéissance à Allah.

Je vous laisse apprécier le sort qui a été réservé aux descendants du prophète ici et par exemple. Les derniers survivants de la lignée du prophète sont les membres de la famille royale du Maroc, pays où ils ont fui après la bataille de Fakh. Seul l’océan les a empêché de fuir plus loin, vous donnant une idée de la violence des califes contre les propres ordres de leur prophète.

investiture_of_ali_edinburgh_codex

Une vue de la scène de Ghadir. Attribué à livre Kitāb al-āthār al-bāqiyah `an al-qurūn al-khāliyah dans la bibliothèque de l’Université d’Édimbourg

Passons maintenant à la conclusion de ce long exposé. Je sais qu’il est technique, lourd et complexe et je sais qu’il n’apporte pas la réponse que vous toutes et tous attendez sûrement, à savoir « tout va bien se passer ». Il faut comprendre que nous faisons face à des jeunes ne possédant aucune connaissance de leur propre religion, de leur propre histoire religieuse et donc à la merci de redoutables communicants. Lorsque vous lisez les rapports de presse et témoignages à propos de ces terroristes, ce qui ressort le plus est qu’ils fréquentaient peu les mosquées, menaient des vies débridées (tabac, alcool, drogues, etc.). Il est à noter aussi qu’ils n’étaient pas tous en situation sociale d’exclusion, comme le prouve le portrait de Abaaoud, « commanditaire présumé » des attentats de Paris en cette fin d’année :

Abdelhamid Abaaoud reçoit même de son père un magasin de vêtements, après avoir étudié durant un an dans une prestigieuse école privée catholique.

L’islam de Damas et de Bagdad prône en fait – vous l’avez compris maintenant je l’espère – non pas le respect de la tradition prophétique, mais l’allégeance aveugle aux califes qui se sont succédés, et cela en toutes circonstances. Ils ont tronqué l’héritage de ce que les musulmans considèrent comme un prophète, assassiné ses descendants, modifié les pratiques religieuses en subventionnant des conteurs réputés être des menteurs (certains conteurs ont partagé plus de hadîths qu’ils n’existent de versets dans le Coran, créant de facto des « Coran » alternatifs). Cette histoire sonne malheureusement comme bien d’autres, montées par des mouvances totalitaires ou fascistes : un pouvoir violent qui réécrit son propre passé afin de mieux asservir les populations et les rendre définitivement esclaves de mégalomanes barbares.

Maintenant, il s’agit d’assécher le réservoir idéologique des salafistes, d’informer le plus grand nombre des fraudes sur lesquelles reposent leur dogme qui, je le répète, n’est pas l’islam de Médine. Si rien n’est fait, la contagion salafiste et wahhabite continueront du fait du manque d’informations dont disposent ces jeunes, véritable paradoxe à l’époque d’Internet. Par ailleurs, croire que le contrôle de l’information qui circule sur le web et le politiquement correct sont des solutions représente la pire option possible ! Au contraire, il faut permettre l’accès à ces sources au plus de gens possible ! S’en remettre à nos politiques serait également une aberration, car ces derniers ont un rôle dans cette évolution inquiétante : vous devez arrêter tout subventionnement aux associations religieuses, quelle que soit leur obédience.

Il n’y a pas plus légitimes que vous, amis musulmans, pour pointer ces faits à ces salafistes. C’est à vous d’organiser le combat des idées et vous trouverez des personnes pour vous y assister. Ces salafistes ne sont pas vos coreligionnaires : ils vous font passer pour ce que vous n’êtes pas ! De plus, bombarder des innocents dans des contrées occupées par des criminels n’arrangera pas la situation. Nous devons évidemment organiser notre légitime défense mais ne créons pas de nouveaux terroristes salafistes : détruisons leurs racines ! Ces hommes et ces femmes ne négocieront jamais, ils ne conçoivent pas que les lois soient édictées par une autre entité que « Dieu ». Ils rejetteront toujours nos lois, la Déclaration des Droits de l’Homme, les droits naturels … Daesh n’est qu’une copie de ce que le monde a déjà connu : les califats Omeyyades et Abbassides.

Enfin j’aimerais vous rappeler que but de ce billet – merci d’avoir lu jusqu’ici d’ailleurs ! –  n’est pas une levée de boucliers. Je me devais, face aux réactions épidermiques, rétablir les faits historiques avérés provenant des propres livres des sunnites.

Je voudrais vous laisser sur une dernière citation de Ayn Rand:

Le racisme est la forme la plus abjecte et la plus brutalement primitive du collectivisme. Le racisme reconnaît un groupe et attribue ses vertus ou ses défauts, sa supériorité ou son infériorité à son origine raciale. Or il n’y a que des esprits individuels et des réalisations individuelles. […] Le racisme est porté par le collectivisme et son corollaire l’étatisme. Son seul antidote est la philosophie individualiste et son corollaire le capitalisme de laissez-faire.

En espérant avoir suscité votre intérêt pour la question, je vous invite à fouiller toutes ces histoires. C’est passionnant et je n’ai pas rapporté tout ce que j’ai trouvé pour vous éviter l’indigestion. Cet article m’a demandé beaucoup de travail et de recherche, je ne sais pas si je pourrais publier mercredi prochain. Je vous tiens au courant, chères lectrices et chers lecteurs, via le fil Facebook que vous trouverez ici.

 

 

 

Advertisements